France-Espagne-Andorre

Frontière France-Espagne-Andorre

Frontière France-Espagne-Andorre

Une frontière de montagne

La frontière franco-hispano-andorrane, matérialisée par les Pyrénées, se caractérise par sa dimension physique et naturelle. Elle constitue un obstacle au développement des transports transfrontaliers, et limite les échanges et le volume des flux de part et d’autre de la frontière. Cependant ces difficultés de franchissement n’ont pas empêché le développement d’une coopération de proximité dynamique.

Des flux concentrés sur le plan géographique

Les flux de travailleurs frontaliers y sont très restreints en comparaison avec d’autres frontières. C’est dans le département des Pyrénées-Atlantiques que l’on trouve le plus de travailleurs frontaliers à destination de l’Espagne : 3 212 frontaliers résidant dans ce département travaillent en Espagne, dont 86% sont de nationalité espagnole (source INSEE : 2013). A cet égard, on note la grande difficulté pour obtenir des données statistiques régulièrement actualisées en la matière, notamment pour les flux au départ de l’Espagne.


Par la configuration géographique de la frontière et les points de passage relativement peu nombreux, les flux de diverse nature (personnes, marchandises) sont limités et concentrés sur les extrémités du massif dont les franchissements autoroutiers sont les passages frontaliers français les plus fréquentés par les poids lourds. Cette importance du trafic poids lourds est également à relier à la rupture de charge ferroviaire à la frontière. La différence d’écartement des rails en France et en Espagne est, en effet, défavorable au fret ferroviaire.

Par conséquent, la problématique des infrastructures de transport transpyrénéennes est placée au centre des discussions entre acteurs transfrontaliers, insistant sur le manque de connections routières et ferroviaires entre les deux pays malgré une croissance exponentielle du trafic et de grands projets d’infrastructures achevés (ligne à grande vitesse Perpignan-Barcelone) ou en devenir (Y basque), amélioration progressive de la nationale 20 vers la Principauté d’Andorre.

Des territoires centraux peu densément peuplés à forte composante rurale et naturelle impactant la nature des coopérations

Les versants français et surtout espagnols sont faiblement peuplés (à l’exception notable de l’Andorre, de la Cerdagne et des zones littorales). La composante naturelle et rurale détermine fortement la nature des relations de coopération transfrontalière, caractérisées par l’économie rurale, le tourisme, la culture et la protection de l’environnement et des ressources.

Ce type de relations très locales est parfois l’objet d'accords ou de micro traités transfrontaliers, pour certains très anciens, comme le Tribut des trois vaches (Junta de Roncal), de 1375, et ayant trait à l’encadrement d’échanges économiques et ruraux, donnant parfois lieu de nos jours à une fête locale. A titre d'exemple la Communauté de Communes Pyrénées Haut Garonnaises et le Conselh Generau d'Aran ont organisé le 20 avril 2018 à Fos une cérémonie de commémoration des 505 ans du Traité des Lies et Passeries. Ces Traités des "Lies et Passeries" sont des accords passés entre les communautés rurales des vallées françaises et espagnoles des deux côtés de la frontière, pour la paix et la gestion des pâturages, dès la fin du XVème siècle.

  • Communauté de Communes Pyrénées Haut Garonnaises - Conselh Generau d’Aran

Un accord-cadre a été signé entre les deux collectivités pour notamment initier un groupe de travail transfrontalier dont la mission prioritaire sera de proposer "un engagement de coopération et de partenariat transfrontalier entre les deux territoires durable dans le temps". L'accord cible également des axes prioritaires de travail à développer comme le développement durable, la culture, l'économie, la sécurité, l'agriculture, le tourisme et les infrastructures. Plus d’infos 

  • Coopération entre espaces naturels

Dans une perspective de développement durable intégré, la coopération transfrontalière franco-espagnole se développe également entre différents parcs naturels, régionaux et nationaux qui s’unissent afin d'optimiser leurs actions de protection environnementale sur un ensemble territorial cohérent. Les exemples sont multiples : citons la coopération entre le Parc national des Pyrénées et le Parc national Ordesa-Mont-Perdu, celle entre le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises avec le Parc catalan espagnol Pallars Sobira, ou du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes avec ses interlocuteurs sur le versant sud.

Un projet de Parc pyrénéen des « trois nations » regroupant le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises, celui des Pyrénées catalanes avec les parcs du versant sud en Andorre et Catalogne est en cours d’élaboration. La finalité du partenariat est de mettre en place des actions communes, labellisées à l’échelle européenne.

  • Plateau Cerdan

Situé à l'ouest du département français des Pyrénées-Orientales, le plateau cerdan, au milieu duquel passe la frontière, est un véritable bassin de vie transfrontalier à 1 200 mètres d’altitude. Quelque peu isolé des deux pays, le plateau est  atteignable seulement par des cols et des tunnels. La continuité urbaine entre Puigcerdá et Bourg-Madame et l'enclave espagnole de Llivia en territoire français a permis récemment la multiplication des relations transfrontalières d’envergure : on remarque notamment le projet sans équivalent du premier hôpital transfrontalier à Puigcerdá. Il est également important de mentionner la création en septembre 2011 du GECT Pyrénées-Cerdagne pour structurer le territoire rural transfrontalier de 30 000 habitants, la coopération pour la gestion de la rivière Sègre et d’un abattoir transfrontalier.

  • Territoire "Pirineos-Pyrénées"

Un nouveau groupement européen de coopération territoriale (GECT) a été créé le 13 mars 2018. Dénommé "Pirineos-Pyrénées", il réunit les principales collectivités du centre de la chaîne pyrénéenne : Diputation de Huesca, Départements des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques et Gouvernement d'Aragon. Il fusionne en une seule structure les organismes déjà existants : le tunnel Aragnouet-Bielsa et les deux GECT Huesca-Pirineos-Hautes-Pyrénées et celui du col du Pourtalet. L’objectif est une meilleure mutualisation pour une coopération plus efficace à travers un organisme unique, et notamment la mutualisation de la gestion et du développement d’infrastructures transfrontalières. Cette fusion et mutualisation permettrait notamment d’enrayer un phénomène de perte de populations dans la zone, par le développement de l’agriculture et des nouvelles technologies.

  • Principauté d'Andorre

La Principauté d’Andorre constitue un territoire spécifique, enchâssé entre l’Espagne et la France. Elle n’est reliée que par un seul col à 2 000 mètres d’altitude à la France (aux confins de l’Ariège et des Pyrénées Orientales), alors qu’une vallée à 800 mètres d’altitude relie son territoire à la Catalogne espagnole. Densément peuplée (73 105 habitants en 2016, 151 hab./km2), de langue catalane, avec une économie longtemps fondée sur le commerce (vente de produits détaxés) et le tourisme, la Principauté a entamé un vaste plan de modernisation à la fois économique (diversification de son économie, ouverture aux investisseurs étrangers, introduction d’un régime fiscal, etc.) et politique (ouverture institutionnelle à l’Europe, intégration au programme Interreg POCTEFA, participation à la CTP, relances de partenariat avec le versant français, etc.). Cette volonté de dynamisation de la coopération transfrontalière se manifeste également par la modification du Traité de Bayonne en 2010, pour marquer l’adhésion de l’Andorre.

Voir la rubrique juridique

  • Deux versants littoraux dynamiques

Sur le plan culturel et linguistique, seules les deux régions côtières, beaucoup plus urbanisées, présentent une certaine continuité, à travers les communautés catalane et basque. Cette dernière se caractérise notamment par un véritable bassin de vie transfrontalier où les échanges sont quotidiens.

- Le littoral basque

Le Pays basque historique est situé de part et d’autre de la frontière franco-espagnole : la partie française, Iparralde, correspond à la moitié occidentale du département des Pyrénées Atlantiques ; au sud, la partie espagnole comprend la Communautéautonome basque (Euskadi) et une partie de la Navarre. La proximité culturelle importante qui unit les deux versants de la frontière constitue le support de nombreuses coopérations culturelles notamment dans le domaine linguistique.

Les échanges fonctionnels sont les plus nombreux le long du littoral dans la partie urbaine : migrations pendulaires d’Espagnols, résidant côté français (foncier moins cher) et travaillant en Espagne, pratiques commerciales (ventas espagnoles le long de la frontière), sanitaire, de loisirs.

L’Eurorégion Nouvelle Aquitaine-Euskadi-Navarre a développé le projet « Empleo », à l’origine d’une étude publiée en 2017 qui dresse un diagnostic complet de l’emploi transfrontalier au sein de l’Eurorégion. Les chiffres présentés relatifs aux flux de travailleurs témoignent d'une faible intégration transfrontalière dans ce domaine : seulement 3 863 personnes traversent chaque jour la frontière pour travailler de l'autre côté, sur le territoire de l'Eurorégion. Sur ces 3 863 travailleurs frontaliers, 87% sont Espagnols, majoritairement résidents en France et empruntant un trajet nord-sud. 

Les problèmes juridiques, culturels et fiscaux sont les principaux obstacles à l’embauche de travailleurs transfrontaliers, représentant respectivement 33%, 29% et 27% des difficultés rencontrées. 

L’étude montre une prédominance du secteur des services dans l’emploi transfrontalier, ce secteur représentant 79% des travailleurs transfrontaliers en provenance de Nouvelle-Aquitaine, 69% des travailleurs venant d’Euskadi, et 48% venant de Navarre. Mais le secteur de la construction est surreprésenté dans les flux Sud-Nord, ce secteur représentant 19% des travailleurs transfrontaliers venant d’Euskadi et 24% de ceux venant de Navarre. 

L’étude présente également des données économiques générales, comme concernant les relations commerciales entre l’Espagne et la France. L’Espagne est le deuxième pays de destination des exportations de Nouvelle-Aquitaine et le premier pour les importations, et la France est le principal pays de destination des exportations d’Euskadi et de Navarre, et le deuxième pour les importations dans les deux cas. 

Sur le plan des coopérations territoriales, de nombreuses structures transfrontalières existent à différentes échelles. Leur abondance ne signifie toutefois pas toujours une articulation optimale entre les différentes initiatives existantes.

- Le littoral catalan

S’il n’y a pas de continuité urbaine au sens strict sur le versant catalan, les échanges sont cependant très nombreux (pratiques commerciales, culturelles, économiques, familiales, etc.). La mise en service de la ligne à grande vitesse entre Perpignan et Figueras, qui se prolonge en direction de Gérone et de Barcelone vient renforcer les liens et les potentialités d’interactions.

Le territoire catalan transfrontalier, situé entre le département des Pyrénées-Orientales et la Généralité de Catalogne au sud, fait l’objet de nombreuses coopérations, notamment dans le cadre du territoire de projet Eurodistrict de l’Espace catalan. Situé au sein du territoire catalan, la Cerdagne est également le cadre d’une coopération territoriale et thématique active.