France-Luxembourg

Frontière France-Luxembourg

Frontière France-Luxembourg

Une intégration fonctionnelle évidente, un équilibre transfrontalier qui reste à trouver

La frontière franco-luxembourgeoise s’étend sur une courte distance au cœur d'un territoire qui a subi de nombreux bouleversements historiques (jusqu'en 1945). Elle unit l’ancienne région de la Lorraine (principalement le département de la Moselle) au Grand-Duché. Frontière d'une grande perméabilité, elle traverse des territoires très peuplés et très urbanisés, surtout dans sa partie ouest où se déploie une agglomération transfrontalière d'origine sidérurgique, celle d'Alzette-Belval.

Le Grand-Duché, du fait de son secteur tertiaire de haut niveau (banques, compagnies d'assurances, institutions européennes et internationales), de ses avantages fiscaux et de ses salaires élevés, représente un marché de l'emploi très attractif pour les frontaliers. Ainsi, les travailleurs transfrontaliers représentent environ 45% de la population active 70% du personnel de santé au Luxembourg.
Cette proportion élevée de travailleurs transfrontaliers a créé une forte dépendance du Luxembourg au travail frontalier, exacerbée durant la crise sanitaire du COVID-19. De plus, la tendance à la hausse des travailleurs frontaliers se poursuit chaque année exceptée durant la crise sanitaire où les flux frontaliers ont chuté provisoirement.  Si l’emploi salarié a reculé dans l’industrie, ce sont les activités spécialisées et les services de soutien (+6.2 % sur un an), ainsi que les domaines de l’information et de la communication (+5.6 % sur un an), qui sont les branches les plus dynamiques, alors que l’emploi diminue légèrement dans ces secteurs côté français.

En ce qui concerne les flux de travailleurs français, ils sont presque 115 000 à se rendre sur leur lieu de travail au Luxembourg. La majeure partie de ces travailleurs proviennent des zones frontalières (Longwy, Thionville, Saint-Avold-Forbach-Sarreguemines), mais le Luxembourg recrute de plus en plus loin en Lorraine, y compris jusqu'à Metz et Nancy et dans toute la France. Quantités d'autres flux s'exercent également de part et d'autre de la frontière, notamment en matière commerciale, sanitaire, éducative, culturelle et touristique.

Ce phénomène transfrontalier a eu des impacts positifs sur des territoires Nord-lorrains durement touchés par la désindustrialisation. Le redressement démographique de la région, après quarante années de déclin, et la stimulation de l’économie résidentielle en font partie. grâce au pouvoir d’achat plus élevé des travailleurs frontaliers. Au-delà de l’impact démographique communal, l’apparition de nouvelles activités économiques orientées vers les services et les loisirs par exemple se développe à proximité des frontières, entrainant un certain renouveau, en rupture avec le passé industriel de certaines communes (comme Longwy). Cependant, il ce phénomène transfrontalier provoque également des effets néfastes : outre la saturation des lignes routières et ferroviaires et toutes les problématiques qui y sont liées (pollution, bruit, encombrement, stress…), il augmente le phénomène de "rupture sociale" entre des zones d’emploi marquées par la pauvreté (30% de travailleurs pauvres travaillent dans la zone d’emploi de Longwy) et la flambée de l’immobilier, consécutive à l’installation de nombreux frontaliers, attirés par l’ "Eldorado" luxembourgeois. De plus, les banlieues frontalières au Luxembourg sont marquées par des niveaux de pauvreté très élevés. En effet, la métropole Luxembourgeoise présente le niveau de disparité le plus élevé d’Europe entre le centre et ses banlieues, l’Etat Luxembourgeois ne procède à aucune rétrocession fiscale comme en Suisse. Les recettes fiscales (et cotisations sociales) perçues sur les salaires des travailleurs transfrontaliers profitent actuellement au seul Luxembourg, alors que les services publics (écoles, routes, etc)  sont utilisés par les travailleurs frontaliers essentiellement dans les zones de résidence. 

Afin de favoriser une croissance équilibrée et équitable de l'ensemble de ce territoire,  les acteurs locaux côté français se sont positionnés pour soutenir un accord de co-développement avec le Luxembourg au profit d’une métropolisation transfrontalière intelligente et partagée1.   En 2019, le Congrès Européen des Pouvoirs Locaux du Conseil de l’Europe a adopté une Résolution appelant à « promouvoir le codéveloppement en tant qu’objectif commun, en vue de soutenir la croissance économique, et à répartir équitablement les recettes fiscales qui en découlent (…) ».. En clair, il s’agit de  penser ensemble la création de richesses nouvelles au profit de chacun.

1. Rapport Lambertz disponible sur le portail documentaire de la MOT, Rapport du Sillon Lorrain.

 

Photo : iStock / carterdayne