Des flux déséquilibrés

La Suisse est le premier pays d’accueil de travailleurs frontaliers résidant en France. En 2025, la part de frontaliers français travaillant en Suisse représente 58 % des frontaliers travaillant sur le territoire helvétique. Cette croissance est la conséquence des accords sur la libre circulation des personnes entre l’Union Européenne et la Suisse entrés en vigueur en 2002 mais également de la forte attractivité helvétique. Les niveaux de salaires suisses figurent en effet parmi les plus élevés d’Europe. De plus, la Suisse romande est francophone, ce qui facilite l’accès à l’emploi pour les travailleurs français et favorise les flux de main-d’œuvre en direction de ce pays.

Fin 2025, 93% des frontaliers de l’Ain et de Haute-Savoie, travaillent dans le canton de Genève. Au total, plus de 115 000 travailleurs  en provenance de France se rendent chaque jour dans le Canton suisse, soit 48,4% des travailleurs transfrontaliers français en Suisse.  Depuis 2000, ce nombre est en perpétuelle augmentation dans le Canton de Genève, une progression nettement supérieure à l’ensemble de la Suisse. Le canton de Genève partage plus de 100 km de frontières terrestres avec l’Ain et la Haute-Savoie, contre seulement 5km avec le reste de la Suisse, ce qui explique également cette importante progression. De plus, le canton de Genève offre énormément d’opportunités professionnelles étant donné son fort développement. Ainsi, on note une augmentation de près de 8000 travailleurs frontaliers dans le canton de Genève entre 2023 et 2024.
Une migration plus diffuse s’effectue à travers le massif jurassien vers les Cantons helvétiques limitrophes. La plus grande partie de ces flux de travail vers la Suisse concerne l’horlogerie, les petites villes de Franche-Comté disposant d’une main d’œuvre qualifiée. Ils sont très ténus dans les autres domaines, y compris l’agriculture.

Des structures pour soutenir les travailleurs frontaliers

Le Groupement transfrontalier européen (GTE), créé en 1963, a pour objectif de représenter et de défendre les travailleurs frontaliers de part et d’autre de la frontière.
Le Réseau Infobest, ensemble d’instances de rencontres et d’information implanté dans la Région trinationale du Rhin supérieur, dispose d’un lieu d’accueil spécifique (Infobest Palmrain) pour la région trinationale de Bâle à Village-Neuf dans le département du Haut-Rhin. Le réseau permet de conseiller, d’orienter et d’informer les citoyens sur les conditions de vie et de travail en France, en Allemagne et en Suisse.

Une gouvernance commune en matière de transports publics transfrontaliers

La densité des flux et l’attractivité des espaces transfrontaliers ont engendré un phénomène de congestion des voies de transports individuels, au sein du Grand Genève comme dans l’Arc Jurassien. Cette situation a conduit les acteurs locaux à renforcer et à élargir le réseau des transports publics, mais aussi à créer de nouvelles structures comme des parkings-relais dans une dynamique de coopération transfrontalière.

Dans l’Arc Jurassien et le bassin lémanique, les autorités ont répondu à la situation en augmentant la fréquence des lignes TER ou de bus ainsi qu’en développant le covoiturage et l’utilisation de navettes privées.

Au sein du Grand Genève, les acteurs locaux se sont réunis en Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT), instaurant une gouvernance commune en matière de transports publics transfrontaliers. Exemple phare en matière de mobilité : Léman Express. Rendu possible grâce à un nouveau tronçon central de 16 km entre Cornavin, Eaux-Vives et Annemasse (CEVA), le plus grand réseau ferroviaire régional transfrontalier d’Europe relie deux cantons suisses (Vaud et Genève) et deux départements français (l’Ain et la Haute-Savoie). Constitué de six lignes, le Léman Express relie 45 gares sur 230 kilomètres de voies afin d’optimiser l’offre de transport par rapport à l’augmentation du nombre de migrations pendulaires au sein du Grand Genève. Bien que la voiture reste le mode de transport dominant avec 650 000 passages par jour sur les 104 km de la frontière du canton de Genève, le Léman Express comptabilisait 70 000 voyageurs par jour en 2024, soit 40 % de plus que les prévisions initiales.

Le Léman Express a également redessiné l’aménagement urbain, avec de nouveaux quartiers et hubs de mobilité autour des gares. A Annemasse, c’est tout un quartier qui a été rénové : nouveau pôle multimodal, éco-quartier de 19 ha avec nouveaux logements et surfaces commerciales autour de la gare. Dans le secteur du tourisme l’impact est tout aussi important, avec les vallées de Chamonix et de Saint-Gervais qui deviennent beaucoup plus accessibles, notamment depuis la Suisse.