Recherche et innovation

Quelle articulation avec la politique de cohésion ?

Dans le cadre du premier objectif thématique de la politique de cohésion 2014-2020 (renforcement de la recherche, du développement technologique et de l’innovation), la Commission européenne demande aux autorités régionales d’établir une stratégie de recherche et d’innovation pour la spécialisation intelligente (c’est-à-dire d’identifier les avantages compétitifs des régions, afin de mettre en valeur ces avantages et régionaux en regroupant les acteurs socio-économiques autour d’une vision commune). La réalisation de ce document stratégique constitue pour 2014-2020 une condition préalable (dite ex-ante) à l’utilisation des fonds européens de développement régional (FEDER) dans la RDI et le numérique, dont font partie les financements Interreg VA, dédiés à la coopération transfrontalière. La recherche et l’innovation sont donc appelées à tenir une place importante dans les projets Interreg VA : c’est une opportunité dont les régions peuvent se saisir, notamment au moment de définir leur logique de spécialisation intelligente.

La rédaction de ces "Stratégies régionales de spécialisation intelligente en recherche et innovation" (SRI-S3) devrait donc être particulièrement attentive à définir les potentialités transfrontalières existantes dans les régions frontalières, ainsi qu’à une prise en compte mutuelle des SRI. La spécialisation intelligente peut en effet être assortie d’une composante transfrontalière, lorsque des potentialités semblables sont identifiées de part et d’autre de la frontière, voire lorsqu’une véritable stratégie de recherche et d’innovation se concrétise dans un domaine précis par des partenariats ou des clusters transfrontaliers, à l’image du cluster trinational franco-germano-suisse Biovalley.

Les SRI ont pu être expérimentées dès 2007 par les régions françaises, sur invitation de la Commission et en suivant une méthodologie commune proposée par le niveau national. Elles se sont révélées fructueuses pour les territoires (identification des perspectives de développement, des pistes d’approfondissement et de travail permettant d’accroître l’efficacité des systèmes d’innovation), mais ont rarement souligné des potentialités transfrontalières. La SRI de la Région Alsace, validée par le Conseil régional en 2009, indiquait toutefois dans son troisième levier d’action stratégique l’accompagnement des initiatives "clusters" de convergence, ouverts sur l’espace transfrontalier.

Au-delà des projets de clusters transfrontaliers bien identifiés, la recherche et l’innovation peuvent aussi recouvrir des dimensions plus classiques d’encouragement à la recherche et concerner l’ensemble des formes de l’innovation (produit, processus, procédé, organisation, innovation sociale). La spécialisation intelligente est par essence liée à la dimension territoriale de l’innovation. Ainsi, les domaines stratégiques pouvant donner lieu à des actions innovantes recouvrent aussi bien les technologies de pointe des clusters précités, que des projets concernant l’agriculture, la filière bois, l’artisanat ou encore les services de proximité. La politique de cohésion s’attache dans tous les cas à mettre en valeur les projets qui permettent de créer des liens entre pouvoirs publics, chercheurs, entreprises et citoyens.

Dans ce cadre, le concept de "living labs" ou laboratoire vivant constitue une forme novatrice d’innovation : testée dans le cadre du programme franco-italien ALCOTRA, cette méthode place les utilisateurs au cœur du processus de conception et de décision, en testant et optimisant les solutions sur le terrain et non plus dans un laboratoire, d’où son nom. Elle permet ainsi la mise en réseau de l’ensemble des acteurs socio-économiques concernés par l’innovation, dans un contexte transfrontalier : actions pilotes menées dans le cadre de marchés publics transfrontaliers (Vallée d’Aoste) ou de la mobilité intelligente (Piémont et Ligurie).

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